vendredi 9 avril 2021

Responsabilité karmique

 La responsabilité karmique renvoie à notre responsabilité individuelle, à travers des actions quelconques, en raison de la vacuité de notre vraie nature qui nous rend solidaire de ce que nous considérons, dans un cadre dualiste (le samsara), comme étant les autres. 

Si du point de vue éternaliste, l'âme a une existence éternelle, qui survit de corps en corps et qui subit le karma à titre personnel, en sorte que chacun récolte, à titre individuel, les conséquences de ses propres actions, ce qui l'oblige à se comporter d'une façon éthiquement exemplaire s'il veut gagner un "bon karma", du point de vue bouddhique, du fait de l'absence d'âme et de la solidarité entre les autres et soi-même dans l'Un (qui est le Dharmakâya ou sa nature de Bouddha), toute action commise par un individu quelconque produira une conséquence bonne ou mauvaise, du point de vue éthique, qui sera reconnue à titre individuel par un autre individu quelconque, ce qui en fera son karma. Même s'il n'existe aucun lien de filiation entre l'individu A qui commet l'acte et l'individu B qui en subit les conséquences, dès lors qu'il n'y a pas de A ni de B "en soi", l'action commise par A peut tout autant avoir été commise par B ou par C ou par n'importe qui. L'absence d'ego conduit à l'interchangeabilité d'ego, ce qui nous rend tous individuellement responsables des actions commises par les uns et les autres. 

On pourrait penser qu'à cause de cela, il n'y a aucun intérêt à commettre une bonne action, puisque nous n'en tirons individuellement aucun bénéfice, mais ce serait un très mauvais calcul. Car si nous nous efforçons, collectivement, à des actions éthiques et responsables, alors le monde à venir ne pourra que s'en porter mieux. Des mauvaises actions engendrent toujours des mauvais karma. Cela reste vrai et c'est d'autant plus profitable de faire de bonnes actions que nous en serons, quel que soit notre état, bénéficiaires à des degrés divers. 

Bien entendu, le but des bonnes actions n'est pas d'améliorer le samsara, bien qu'il n'y ait éthiquement aucun mal à se faire du bien, mais de faire en sorte que chacun, à titre individuel, s'applique sans tarder à la réalisation de sa vraie nature, laquelle est naturellement exempte d'erreurs, de troubles et de souillures. Autrement dit, si vous voulez agir pour le bien de tous les êtres sensibles, c'est sur vous-même que vous devez agir. Le monde est bien trop grand ou trop vaste pour vous : faites ce qui est à votre portée, ici et maintenant. Car en agissant sur vous-mêmes, vous agissez solidairement sur la totalité de l'univers.



lundi 5 avril 2021

Bilan provisoire ou état des lieux

Un bilan a une connotation comptable, et quand on pense comptabilité, on pense compte et, dans ce contexte, on pense règlement de compte. Je ne l'ai pas fait dans cet esprit. J'ai voulu simplement rendre état de ce que fut mon expérience à la fois éditoriale et sociale (à travers les réseaux sociaux bien sûr) dans le domaine du Zen.

Ainsi que je l'affirme, dans la vidéo qui suit, avec une certaine verve, je n'ai rien usurpé. J'ai confronté ma vue au maître zen avec qui j'étais en contact et rien, dans ses propos, n'est venu s'opposer à la profondeur de l'expérience, qu'il a reconnue sans ambiguïté ni réserve. J'ajoute d'ailleurs que s'il avait opposé le moindre début de doute, c'est de sa propre compétence que j'aurais douté. Mais ça ne s'est pas fait et je sais que la personne qui était en face de moi à cet instant précis parlait mon langage et le comprenait. Dans ce contexte, les mots ne comptent pas vraiment ; ils sont dits entre les mots eux-mêmes "je sais qu'il sait que je sais qu'il sait"...

Puis passe le temps et chacun reprend sa voie. Dans le respect mutuel. Mais cela étant précisé, la confrontation avec le maître n'est rien en comparaison de la confrontation avec les imbéciles, les ignares, les arrogants, les intellos qui ne doutent de rien. Mais qui ont cet atout incontestable qu'ils sont sortis de telle ou telle école, qu'ils sont agrégés ou docteurs en philo, voire indianistes ou parlent le tibétain ou le japonais comme une vache espagnole mais avec suffisamment de vocabulaire pour confondre le Mu de Joshu avec le beuglement d'une vache ou l'aboiement d'un chien. 

D'aucun penserait que je suis en colère et que je nourris mon mental de cette colère et que si j'avais réellement vécu une expérience décisive, tous ces problèmes seraient reconnus comme vains. Pensez-vous que j'accorde la moindre importance à ces problèmes ? Non. Une seule chose me gêne profondément, c'est l'état de délabrement du Zen et du Bouddhisme en général. Et je ne parle pas des "soldats du Zen" (je devrais aussi mettre le nom au féminin car le pouvoir de séduction des imposteurs s'est imposé jusque dans le cœur – ou le chœur – de leurs "dakinis" ou "shaktis", c'est selon). 

J'aurais pu être jeune et beau et avoir les yeux bridés, m'exprimer avec un air compassé comme si je vivais la passion du christ face au malheur du monde. Je ne suis rien de tout cela. Je ne revendique pas mon insignifiance. Je fais juste un bilan provisoire et un état des lieux, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'est pas "joli joli". Mais bon, il n'y a pas mort d'homme, comme on dit. Il y a seulement une crise sanitaire et le Zen en a pris pour son compte.



dimanche 28 mars 2021

Zazen et la queue du buffle

Le Zen est indissociable de zazen. Dit autrement, il n'y a pas de zen sans zazen. Encore faut-il entendre exactement ce que signifie zazen. Zazen (座禅) est composé de la syllabe Za (座) qui signifie "siège" ou "assis" et Zen (禅) qui signifie Dhyâna, qui est donc la troisième discipline de l'Octuple Sentier et qui est ordinairement traduit par "méditation". Et donc, quand on parle de zazen, dans l'esprit des gens, on se représente un homme (ou un femme) assis en posture du lotus ou assimilé, à la manière dont sont représentés les Bouddha dans l'iconographie bouddhique. 

Mais en réalité, le Zen, au sens bouddhique du terme, se réfère au Sixième Patriarche, Huineng, qui est considéré comme le père du Zen actuel. Et Huineng définissait Zazen ainsi : « Extérieurement, être libre de tout obstacle et ne pas être dérangé par rapport à toutes les circonstances, bonnes ou mauvaises, s'appelle "assis" (za) ; intérieurement, contempler l'immuabilité de notre propre nature originelle s'appelle "méditation" (zen). »(1)

On comprend donc bien qu'il existe une différence entre la représentation formelle d'une personne assise dans la posture du lotus et ce qui est exprimé comme un état de libération de tous les obstacles par rapport au circonstances, bonnes ou mauvaises. En effet, au sens strict on pourrait affirmer qu'on peut être libre, ainsi que l'affirme Huineng, sans nécessairement prendre la posture assise. Mais cela ne doit pas être compris ainsi. L'idée est que la posture assise – pourvue qu'elle soit associée au Zen – exprime cet état de libération. En d'autres termes, zazen exprime l'état de Bouddha, notre vraie nature, mais à condition de ne pas confondre être assis et zazen. Le mot Zen associé à la syllabe Za fait toute la différence. Le mot Zen exprime la Vue (ou la contemplation - observation) de sa vraie nature. Ce n'est donc pas l'assise seule qui est l'expression de notre vraie nature, mais zazen. Ce sont deux choses qu'il faut bien distinguer.

De plus, Huineng nous dit que cette liberté s'exprime quelles que soient les circonstances, bonnes ou mauvaises. Cela signifie que l'on n'est pas à l'abri des circonstances, mais qu'on n'est pas emprisonné par elles, pourvu qu'on soit dans la contemplation ou l'observation de sa vraie nature. Ainsi qu'un océan n'est pas perturbé par l'état de ses vagues, sa vraie nature de Bouddha n'est pas perturbée par l'état du mental. Il ne s'agit donc pas de devenir "lisse" en toutes circonstances, mais, ainsi que le disait Hakuin, dans la Porte de la Pratique (cf. Les Quatre Portes du Connaître de l'Esprit Eveillé), de "briller au travers" les épreuves de la vie. "Briller au travers" a donc le même sens que faire zazen, du point de vue du Sixième Patriarche. 

On ne pratique pas zazen pour se libérer, mais pour exprimer cette libération dans un processus dynamique, c'est-à-dire qui s'actualise à chaque fois que l'on fait zazen. Mais bien évidemment, ce processus implique que la Vue dans notre vraie nature soit efficiente, car l'ignorance de celle-ci ne peut briller au travers des obstacles. S'il n'y a pas la Vue, il n'y a pas le Zen, et s'il n'y a pas le Zen, il ne peut y avoir Zazen. Ce point doit être bien compris.

Une petite vidéo où j'exprime cette notion en me servant comme exemple du kôan du buffle qui veut passer par une fenêtre (représentant celle qui donne sur Nirvâna : la libération) mais qui, après avoir passé les cornes, la tête, le tronc et les pattes, constate que sa queue ne passe pas. Doit-il se couper la queue, au risque de s'amputer pour pouvoir passer ? Cela reviendrait à séparer les vagues de l'océan ou les reflets d'un miroir. Quel sens cela aurait-il ? Doit-il renoncer à passer par la fenêtre ? Cela reviendrait à tourner le dos à sa vraie nature ou à assécher l'océan. Il n'y a pas de solution à ce kôan autre que celle d'agir en brillant au travers les obstacles, les perturbations du mental. La queue ne passe pas ? Et alors ? 




(1) d'après traduction du site de Myoshinji temple : https://www.myoshinji.or.jp/english/zen/what.html


jeudi 18 mars 2021

Karma et équivalence du Nirvâna et du Samsara.

Le karma est une notion fondamentale du Bouddhisme. Bien qu'on retrouve cette notion dans l'hindouisme, dans le Bouddhisme, elle ne revêt pas exactement le même sens. En effet, il n'y a pas d'ego, d'âme ou d'esprit dans le Bouddhisme, et donc aucun ego, aucune âme ou aucun esprit ne peut se réincarner. Pour autant, les actes forment les conditions de l'existence et des êtres vivants s'associent à certaines de ces conditions. 

Avoir un mauvais karma n'est pas synonyme de ne pas avoir la nature de Bouddha, même si dans le kôan du Mu de Joshu, c'est ce que le moine comprend. Mais en même temps, ne pas reconnaître sa nature de Bouddha revient à ne pas l'avoir, ou plutôt à ne pas la voir. La prononciation est la même, mais dans un cas il s'agit de possession alors qu'il doit s'agir de vue bouddhique et donc de reconnaissance. Quel que soit notre karma, bon ou mauvais, ce karma est notre présent. Et selon la représentation que l'on a de soi-même, notre karma peut être bon ou mauvais. Mais si nous réalisons notre vraie nature, nous voyons les choses telles qu'elles sont. Que leur karma soit bon ou mauvais, c'est notre nature de Bouddha. 

Nous vivons dans le présent. Le passé n'existe plus et le futur n'existe pas encore. Le présent est notre karma et c'est la seule chose que nous avons. C'est donc notre nature de Bouddha. Ce corps dans lequel nous vivons à chaque instant et qui connaîtra la mort, c'est notre nature de Bouddha. Bon ou mauvais karma, c'est juste le résultat des actions, du karma. 

Une vidéo sans filet (je ne prépare jamais mes textes, même si je sais de quoi je vais parler) pour essayer de faire comprendre tout ça.



mercredi 3 mars 2021

Eternalisme, Bouddhisme et Nihilisme

Le Bouddhisme est dite "voie du milieu". Mais le milieu de quoi ? En fait, le milieu entre d'un côté l'éternalisme, qui est propre aux religions monothéistes qui croient en un principe transcendant, divin et éternel, quelquefois appelé le Soi (avec majuscule) et à l'opposé le nihilisme, qui ne croit en rien, qui pense qu'il n'y a rien après et avant la mort et que tout n'est que réflexes conditionnés. C'est le point de vue des béhavioristes et de certains scientifiques "matérialistes". 

J'ai réalisé une vidéo pour faire une synthèse de tout cela afin que ne subsiste plus de confusion sur ce sujet, pas tellement avec le nihilisme (quoique) mais surtout avec l'éternalisme car on retrouve cette confusion au sein de certaines écoles bouddhistes avec à leur tête des maîtres à la réalisation contestable.

Bien sûr, mon point de vue pourrait être contestable par certains aspects, peut-être pas suffisamment étayés ou difficiles à comprendre, mais je le livre ici en l'état, comme il m'a semblé utile de le faire, à l'appréciation de chacun ou chacune. 



lundi 1 mars 2021

Le Bouddhisme engagé.

Depuis quelque temps, dans la bouddhosphère occidentale, s'est développé une notion inédite – en ce sens qu'à ma connaissance elle n'apparaît dans aucun sutra canonique – connue sous l'expression "Bouddhisme engagé". J'ai voulu savoir dans le détail ce que regroupait cette notion, et en consultant le net, je suis tombé sur le site suivant : http://www.bouddhisme-action.net/ que je vous invite à consulter pour plus de détail. 

Quoi qu'il en soit, cette notion m'a inspiré une réflexion que je vous livre en vidéo. 



lundi 15 février 2021

L'Empereur Hùn Tùn, l'homme sans situation.

On attribue à Ikkyū Sōjun les paroles suivantes :  « Etant sans demeure, je ne suis jamais perdu. » La profondeur de cette pensée est un véritable refuge pour les égarés. Les hommes pensent à un refuge comme à une sorte de bulle à l'intérieur de laquelle rien de ne peut nous arriver, mais le véritable refuge est sans situation, sans bord, sans limite. Aussi, on n'entre pas dans ce refuge, pas plus qu'on n'en sort. Telle est la caractéristique de la Vacuité. Et parce qu'on ne peut ni entrer ni en sortir, l'homme vrai est toujours sans situation. Etant sans situation, il n'est jamais égaré.

Quel lien avec la légende de l'empereur Hùun Tùn ? Celui-ci, avant que ses amis ne lui ouvrent les portes des sens, ne connaissait ni intérieur ni extérieur. Ses deux amis empereurs devaient sans doute le considérer comme à jamais enfermé dans une sorte de bulle obscure d'où il n'avait accès à rien et donc bien sûr pas aux plaisirs sensuels. Mais leur vue était erronée. Hùn Tùn ne voyait pas avec ses yeux ou n'entendait pas avec ses oreilles. Il percevait le monde avec sa vraie nature qui n'était pas séparée de celui-ci, puisque Hùn Tùn était "sans bord". Il était Kannon (観音), le Bodhisattva de la Compassion Infinie, qui voit les sons du monde. Ou bien le maître Daïto Kokushi, qui, au moment de son satori, entendait avec ses yeux la pluie tomber, tandis qu'avec ses oreilles, il pouvait la voir. 

J'essaye d'expliquer cela dans la vidéo qui suit.