lundi 9 septembre 2019

Sussokan

Le sussokan est le compte cyclique des respirations. C’est la pratique qui a cours dans les temples et monastères de l’école rinzai, qu’on soit moine ou laïc. Le sussokan se pratique dans la posture de zazen. La respiration est naturelle, sans forcer, plutôt abdominale, et se fait uniquement par les narines (bouche close). Le centre de gravité du corps est porté dans le tanden(1), comme si la source de toute énergie, y compris la pensée ou le sentiment du moi, était située en ce lieu. La technique consiste à compter, de un à dix, chaque respiration, sur l’expiration. Une fois qu’on atteint dix, on recommence à partir du chiffre un, et ce aussi longtemps que dure la séance de zazen. Si l’on se trompe dans les comptes, on ne cherche pas à savoir où l’on s’est trompé ; on recommence systématiquement à partir du chiffre un.


L’expiration est un peu plus lente que l’inspiration, mais ce n’est pas une obligation. On n’a du reste pas à se préoccuper de la durée de ses respirations. Durant l’inspiration, on garde à l’esprit le chiffre qui accompagnera l’expiration suivante, en étant toujours concentré dans le tanden. Par exemple, le chiffre un. Durant la phase d’expiration qui suit, on prononce le chiffre un en silence, d’une seule traite, tout le temps qu’il nous reste du souffle, l’esprit toujours concentré dans le tanden. Puis on inspire en préparant (concentré sur) le chiffre deux, qu’on expire en le prononçant toujours en silence, d’une seule traite, depuis le tanden, et ainsi de suite jusqu’à dix pour recommencer à un.

Il est possible de pratiquer le sussokan sans passer par le compte cyclique. La méthode classique est alors de prononcer le Mu(2), évidemment en silence et d’une seule traite, sur toute la durée de l’expiration, à partir du tanden.

L’idée est de faire en sorte que ce ne soit pas le mental qui compte, mais que les comptes soient spontanés, sans qu’on ait besoin d’y réfléchir. Ce qui est une autre façon de dire que ce n’est pas le pratiquant qui compte, mais les comptes qui pratiquent. La même précaution doit être prise en cas de remplacement des comptes par le Mu (mou). Il n’est pas nécessaire, dans le sussokan, de mobiliser le doute(3), mais de rester concentré sans intention particulière, sinon qu’il importe de garder la foi et la détermination comme moteur. Quand s’élève le samadhi, on peut alors abandonner les comptes (ou Mu) et rester ainsi, sans trouble.

(1) Le tanden  est un centre subtil d'énergie situé entre le nombril et le pubis.
(2) Mu (prononcer Mou) est la réponse que fit Joshu à un moine qui lui demanda si le chien a la nature de Bouddha. Il s'agit d'un kôan. Le pratiquant doit découvrir qui est Mu, ce qu'il signifie...
(3) Le doute est, avec la foi et la détermination, l'un des trois piliers du Zen. Le doute n'est pas sceptique mais s'appuie sur une incompréhension entre ce qui doit être selon la logique et ce qui est vraiment et qui ne correspond a priori pas à la logique. 

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