dimanche 28 mars 2021

Zazen et la queue du buffle

Le Zen est indissociable de zazen. Dit autrement, il n'y a pas de zen sans zazen. Encore faut-il entendre exactement ce que signifie zazen. Zazen (座禅) est composé de la syllabe Za (座) qui signifie "siège" ou "assis" et Zen (禅) qui signifie Dhyâna, qui est donc la troisième discipline de l'Octuple Sentier et qui est ordinairement traduit par "méditation". Et donc, quand on parle de zazen, dans l'esprit des gens, on se représente un homme (ou un femme) assis en posture du lotus ou assimilé, à la manière dont sont représentés les Bouddha dans l'iconographie bouddhique. 

Mais en réalité, le Zen, au sens bouddhique du terme, se réfère au Sixième Patriarche, Huineng, qui est considéré comme le père du Zen actuel. Et Huineng définissait Zazen ainsi : « Extérieurement, être libre de tout obstacle et ne pas être dérangé par rapport à toutes les circonstances, bonnes ou mauvaises, s'appelle "assis" (za) ; intérieurement, contempler l'immuabilité de notre propre nature originelle s'appelle "méditation" (zen). »(1)

On comprend donc bien qu'il existe une différence entre la représentation formelle d'une personne assise dans la posture du lotus et ce qui est exprimé comme un état de libération de tous les obstacles par rapport au circonstances, bonnes ou mauvaises. En effet, au sens strict on pourrait affirmer qu'on peut être libre, ainsi que l'affirme Huineng, sans nécessairement prendre la posture assise. Mais cela ne doit pas être compris ainsi. L'idée est que la posture assise – pourvue qu'elle soit associée au Zen – exprime cet état de libération. En d'autres termes, zazen exprime l'état de Bouddha, notre vraie nature, mais à condition de ne pas confondre être assis et zazen. Le mot Zen associé à la syllabe Za fait toute la différence. Le mot Zen exprime la Vue (ou la contemplation - observation) de sa vraie nature. Ce n'est donc pas l'assise seule qui est l'expression de notre vraie nature, mais zazen. Ce sont deux choses qu'il faut bien distinguer.

De plus, Huineng nous dit que cette liberté s'exprime quelles que soient les circonstances, bonnes ou mauvaises. Cela signifie que l'on n'est pas à l'abri des circonstances, mais qu'on n'est pas emprisonné par elles, pourvu qu'on soit dans la contemplation ou l'observation de sa vraie nature. Ainsi qu'un océan n'est pas perturbé par l'état de ses vagues, sa vraie nature de Bouddha n'est pas perturbée par l'état du mental. Il ne s'agit donc pas de devenir "lisse" en toutes circonstances, mais, ainsi que le disait Hakuin, dans la Porte de la Pratique (cf. Les Quatre Portes du Connaître de l'Esprit Eveillé), de "briller au travers" les épreuves de la vie. "Briller au travers" a donc le même sens que faire zazen, du point de vue du Sixième Patriarche. 

On ne pratique pas zazen pour se libérer, mais pour exprimer cette libération dans un processus dynamique, c'est-à-dire qui s'actualise à chaque fois que l'on fait zazen. Mais bien évidemment, ce processus implique que la Vue dans notre vraie nature soit efficiente, car l'ignorance de celle-ci ne peut briller au travers des obstacles. S'il n'y a pas la Vue, il n'y a pas le Zen, et s'il n'y a pas le Zen, il ne peut y avoir Zazen. Ce point doit être bien compris.

Une petite vidéo où j'exprime cette notion en me servant comme exemple du kôan du buffle qui veut passer par une fenêtre (représentant celle qui donne sur Nirvâna : la libération) mais qui, après avoir passé les cornes, la tête, le tronc et les pattes, constate que sa queue ne passe pas. Doit-il se couper la queue, au risque de s'amputer pour pouvoir passer ? Cela reviendrait à séparer les vagues de l'océan ou les reflets d'un miroir. Quel sens cela aurait-il ? Doit-il renoncer à passer par la fenêtre ? Cela reviendrait à tourner le dos à sa vraie nature ou à assécher l'océan. Il n'y a pas de solution à ce kôan autre que celle d'agir en brillant au travers les obstacles, les perturbations du mental. La queue ne passe pas ? Et alors ? 




(1) d'après traduction du site de Myoshinji temple : https://www.myoshinji.or.jp/english/zen/what.html


jeudi 18 mars 2021

Karma et équivalence du Nirvâna et du Samsara.

Le karma est une notion fondamentale du Bouddhisme. Bien qu'on retrouve cette notion dans l'hindouisme, dans le Bouddhisme, elle ne revêt pas exactement le même sens. En effet, il n'y a pas d'ego, d'âme ou d'esprit dans le Bouddhisme, et donc aucun ego, aucune âme ou aucun esprit ne peut se réincarner. Pour autant, les actes forment les conditions de l'existence et des êtres vivants s'associent à certaines de ces conditions. 

Avoir un mauvais karma n'est pas synonyme de ne pas avoir la nature de Bouddha, même si dans le kôan du Mu de Joshu, c'est ce que le moine comprend. Mais en même temps, ne pas reconnaître sa nature de Bouddha revient à ne pas l'avoir, ou plutôt à ne pas la voir. La prononciation est la même, mais dans un cas il s'agit de possession alors qu'il doit s'agir de vue bouddhique et donc de reconnaissance. Quel que soit notre karma, bon ou mauvais, ce karma est notre présent. Et selon la représentation que l'on a de soi-même, notre karma peut être bon ou mauvais. Mais si nous réalisons notre vraie nature, nous voyons les choses telles qu'elles sont. Que leur karma soit bon ou mauvais, c'est notre nature de Bouddha. 

Nous vivons dans le présent. Le passé n'existe plus et le futur n'existe pas encore. Le présent est notre karma et c'est la seule chose que nous avons. C'est donc notre nature de Bouddha. Ce corps dans lequel nous vivons à chaque instant et qui connaîtra la mort, c'est notre nature de Bouddha. Bon ou mauvais karma, c'est juste le résultat des actions, du karma. 

Une vidéo sans filet (je ne prépare jamais mes textes, même si je sais de quoi je vais parler) pour essayer de faire comprendre tout ça.



mercredi 3 mars 2021

Eternalisme, Bouddhisme et Nihilisme

Le Bouddhisme est dite "voie du milieu". Mais le milieu de quoi ? En fait, le milieu entre d'un côté l'éternalisme, qui est propre aux religions monothéistes qui croient en un principe transcendant, divin et éternel, quelquefois appelé le Soi (avec majuscule) et à l'opposé le nihilisme, qui ne croit en rien, qui pense qu'il n'y a rien après et avant la mort et que tout n'est que réflexes conditionnés. C'est le point de vue des béhavioristes et de certains scientifiques "matérialistes". 

J'ai réalisé une vidéo pour faire une synthèse de tout cela afin que ne subsiste plus de confusion sur ce sujet, pas tellement avec le nihilisme (quoique) mais surtout avec l'éternalisme car on retrouve cette confusion au sein de certaines écoles bouddhistes avec à leur tête des maîtres à la réalisation contestable.

Bien sûr, mon point de vue pourrait être contestable par certains aspects, peut-être pas suffisamment étayés ou difficiles à comprendre, mais je le livre ici en l'état, comme il m'a semblé utile de le faire, à l'appréciation de chacun ou chacune. 



lundi 1 mars 2021

Le Bouddhisme engagé.

Depuis quelque temps, dans la bouddhosphère occidentale, s'est développé une notion inédite – en ce sens qu'à ma connaissance elle n'apparaît dans aucun sutra canonique – connue sous l'expression "Bouddhisme engagé". J'ai voulu savoir dans le détail ce que regroupait cette notion, et en consultant le net, je suis tombé sur le site suivant : http://www.bouddhisme-action.net/ que je vous invite à consulter pour plus de détail. 

Quoi qu'il en soit, cette notion m'a inspiré une réflexion que je vous livre en vidéo.