jeudi 29 avril 2021

Cas 55 de la Falaise Verte : Vivant ou mort ?

Le cas 55 de la Falaise Verte est un kôan célèbre qui met en scène un maître Zen (Tao-ou) et son élève (Kien-iuan), lesquels se rendent à des funérailles. Les noms sont chinois car le cas fait partie du Pi-ien-tsi (recueil de la Falaise Verte) qui est d'origine Chan, et comme vous savez, le Zen dérive du Chan. 

Arrivés proches du défunt, l'élève frappe avec son bâton sur le cercueil et demande au maître : "Vivant ou mort ?" Il fait bien entendu allusion au cadavre et le maître répond : "Vivant, je ne dis pas ; mort, je ne dis pas". L'élève réplique : "Ô mon maître veuillez me répondre, sinon, je vous battrai." Ce à quoi Tao-ou persiste : "Me battre est votre affaire.  Quant à vous répondre, je n'ai rien à dire." Alors l'élève frappe le maître. À cause de cela, il est obligé de quitter le monastère pour chercher un autre maître. Quelques années plus tard, alors que Tao-ou mourut, Kien-iuan rencontre un autre maître (Chih-chouang) et lui raconte son expérience avec Tao-ou. Il lui repose la même question "Vivant ou mort ?" Le maître répond : "Vivant je ne dis pas, mort je ne dis pas." Kien-iuan réplique : "Pourquoi ne pas me dire ?" et Chih-chouang réitère : "Je vous répète : je ne vous dis pas !" Cependant, cette fois, la réponse du maître éveille Kien-iuan à un nouvelle compréhension.

Le kôan ne s'arrête pas là et continue sur le cas de Kien-iuan. Mais ici, ce qui m'intéresse, c'est la réponse "Vivant, je ne dis pas ; mort, je ne dis pas," car elle est le cœur du kôan. J'en parle dans la vidéo qui suit (assez courte ~ 8 mn). 



 

2 commentaires:

  1. Voici le commentaire qu'en fait mon maître, Nishijima rôshi:
    "Je crains que beaucoup d'entre nous ne soient comme Zengen (Kien-yuan). Si nous rencontrions quelqu'un dont nous pensions qu'il connaît les réponses au problème de la vie et de la mort, nous serions prêts à tout pour obtenir cette réponse. En général, beaucoup sont tout à fait disposés à nous donner les réponses que nous attendons. Maître Dôgô (Tao-ou) était différent. Il refusait de réduire la réalité aux catégories si importantes pour Zengen.
    Après leur retour au temple, Dôgô suggéra à Zengen de quitter le temple. Peut-être pensait-il que son état était trop troublé pour continuer à un poursuivre son étude.
    Plus tard, après la mort de Dôgô, Zengen posa la même questionà maître Sekiso et en reçut la même réponse. Cependant, l'homme qui entendait la réponse était différent. Cette fois, au lieu de partir en quête d'une réponse intellectuelle au prix de la violence, Zengen a pu s'ouvrir lui-même à la réalité que ses enseignants avaient tenté de l'amener à vivre par lui-même".

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    1. Je pense que la réponse que donna Tao-ou et ensuite Chih-chouang ne pouvait être plus juste que celle-ci : "(vivant ou mort) je ne dis pas", parce que la compréhension du cas sort du cadre des catégories "dualistes" comme le nihilisme d'un côté (la mort = néant) ou de l'éternalisme de l'autre (la vie après la mort, avec transmigration). Il a fallu en effet que Kien-iuan entende la même réponse à deux époques différentes entre lesquelles sont esprit a certainement mûri (s'il ne s'était pas interrogé sans cesse sur la réponse de Tao-ou, il n'aurait pas posé la même question à Chih-chouag, des années plus tard, ce qui démontre qu'un "doute" – esprit d'investigation – s'était immiscé dans son esprit et ne l'avait jamais réellement quitté). Si Chih-chuang n'avait pas tenu le même discours que Tao-ou (après tout, on peut dire beaucoup de chose sur ce sujet), Kien-iuen n'aurait sans doute pas pu comprendre (c'est à dire que le doute n'aurait pas pu être résolu). Le kôan se poursuit ensuite sur la réaction de Kien-iuan qui se met en quête des ossements du vieux maître "Tao-ou" pour lui rendre hommages (et se repentir, car il l'avait battu), qui ne manque pas d'intérêt, mais sortait un peu du cadre que j'entendais de ce billet.

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